Le Cardonnet les a inspirés

SAINT MARTIN DE CARDONNET

Max Rouquette 1908-2005

Sur la crête d’une longue colline, au milieu d’étendues de terres abandonnées, couvertes, toute l’année et jusqu’à l’horizon, d’herbe rousse, pauvre de terre, avec tant de ciel qu’on s’y noierait, je ne connais pas profil aussi tragique et désespéré que celui de la chapelle romane de Saint Martin de Cardonnet. Eglise d’un temps perdu, d’un Dieu en allé, d’un peuple évanoui, d’une terre désertée, d’un ciel qui, faute de paroles pour en remplir la voûte, en est devenu désert bleu. Et qui garde pourtant, sa lumière, sa profondeur, ses reflets, et, neufs, les nuages, trônes de Dieu, qui glissent, parfois, vers la mer, lents dans leur majesté royale.

Sans doute y vint, pour les fêtes de Saint Martin, au temps de la grande foi, un enfant, rayonnant doucement, plus que de sa robe de brocart, du seul rayon vert de l’enfance ; le fils de Guilhem d’Aumelas, qui prit, de son grand père maternel, le nom de Raimbaut d’Orange. Il ne venait pas de bien loin, car le Château était tout proche, et que la Chapelle en dépend. Les gens du voisinage venaient des mas perdus dans les étendues pierreuses, ou les euzières , ou des moulins dont on voit encore les tours rondes, debout dans le vent du ciel, les premiers et les derniers, à recevoir le reflet des astres.

Les pas ont perdu jusqu’à leurs derniers échos. En sa veille solitaire, la chapelle élève, solennelle, son clocher, comme une croix, celle de sa misère, de sa solitude, de sa douleur. Le lierre, seul, poursuit sa vie somptueuse et terrible. Ses racines pénètrent entre les pierres des arcs doubleaux, comme des serre s d’aigle entre les côtes d’un agneau. Le lierre a pour lui le temps, et la pluie et le gel, pour l’aider. Tandis que la chapelle martyre jette au ciel tranquille, lumineux et sans vie, l’appel muet de son angoisse.

Et l’herbe rousse, toison des étendues, comme elle le fit toujours, comme elle le faisait avant qu’on ne construise la chapelle, comme elle le fit sous des étoiles qui n’avaient pas encore d’yeux pour leur servir de miroir, courbe l’échine sous le vent et se balance, pauvresse qui berce son mal.

Max ROUQUETTE
(traduit de l’occitan par l’auteur, extrait de « Verd Paradis « )

SAINT MARTIN DE CARDONET

Sus l’esquiva d’una sèrra longa, entre mitan d’espandidas de tèrras arremassidas, vestidas tot l’an e fin qu’a l’orizont, d’erba rossèla, pauc de tèrra, pron de ròca, e de ceu a s’i negar, sabe pas perfil tant tragic e desconsolat coma la glèisa romana de Sant Martin de Cardonet. Glèisa d’un temps perdut, d’un Dieu enanat, d’un pòble esvanit, d’una tèrra abandonada, d’un cèu que, a fauta de paraulas per ne cafir sa volta, n’es vengut desert blau. E que serva, psamens sa lutz, sa fonsor, sos rebats, e, veùses, las nibols, trònes de Dieu, que caminan, de còps, cap a la mar, lents dins sa majestat reiala.

Saique i venguet, per las Sant Martin, au temps de la fe granda, un drôlle, trelusent doçament, mai que de brocat, dau sol rai verdet dau mainatge ; l’enfant de Guilhem d’Aumelàs que prenguet de son grand mairal, lo nom de Raimbaut d’Aureja. Veniàn pas de luònh que lo Castèl vièlh es a tocar e que la capèla n’es part.

Los dau terraire veniàn das mases perduts dins las espandidas peirosas o las eusièras, o das molins que se vei encara sas torres redondas, drechas dins lo vent dau cèu, primièrs e darrièrs a culhir lo rebat bas astres.
Los passes an perdut fin qu’a sos darrièrs ressons. Velha soleta, la capèla enauça, solemna, son campanal, coma una crotz, la de sa misèria, de sa solesa, de son maucòr.

L’eùre, sol perseguís sa vida ufanosa e terribla. Sos rasics dintran entre las peiras das arcs doblèus, coma darpas dagla entre las còstas d’un anhèl. L’èure a per el lo temps, e la ploja, e lo gèu, que l’ajudan. Entre que la glèisa martira manda au cèl suau, lumenòs e sens vida, la crida muda de son anciá.

E l’erba rossela, peu de l’espandida, coma o faguèt totjorn, corna o fasiá davant que bastiguèsson la glèisa, coma o faguet jot destelas qu’aviàn pas d’uòlhs per i servir de miralhs, e que ne son mòrtas, coma fai despuòi l’acomençament dau mond, clina l’esquina jot lo vent e s’i balanceja, pauressa que breça son mau.

Max ROQUETTA
Lo Corbàtas Roje (Ed. Trabucaire)

INSTANTANÉS A LA CHAPELLE DU CARDONNET

Grand Angle La garrigue méditerranéenne à perte de vue, soleil et rocaille. Au loin la mer étale, scintille. J’aperçois Sète et je devine Maguelonne plus loin. La lumière est limpide, transparente comme une eau de rivière. Silence grandiose, seule la musique des oiseaux et le bruissement doux du vent dans les arbustes. Je respire enfin, tranquille.
Je reviens souvent dans ce lieu chercher le calme, la concentration. Elevée dans la laïcité, je suis toujours étonnée par l’attirance que je ressens pour la chapelle, peut-être parce qu’il n’y a plus de cultes aujourd’hui, je peux y rester, à mon rythme.

Plan Rapproché La chapelle est là, cachée et envahie par les arbres. Avec ses grosses pierres presque blanches et son habit roman ; j ‘aime sa rugosité et sa solidité. Symbole d’être juste et simple sans bavardages architecturaux inutiles. A ses côtés, des bâtisses en ruine mangées par le lierre. Alentour des moutons pacagent ; sur ce causse aride, je me demande toujours ce qu’ils peuvent bien manger.

Intérieur Jour La belle lumière du sud dore les murs, l’espace est vide et pourtant aucune impression d’abandon. J’observe, j’écoute, la chapelle met mes sens en éveil et je savoure. C’est dans ce lieu, qu’entre 1’Edit de Nantes et sa Révocation, le peuple du Cardonnet avait décidé d’accepter les différentes croyances et chacun pouvait pratiquer sa religion en toute liberté. Une belle leçon d’intelligence et de tolérance comme il en manque aujourd’hui.

Gros Plan Terre battue et pierre, feuilles de chêne et toile d’araignée, lieu assorti à son environnement, presque invisible si l’on n’est pas attentif. Parois indemnes de tous graffitis, ouf, peut-être encore quelques années de répit.

Vue d’Ensemble La chapelle est sur une hauteur et même si elle n’est pas visible elle domine. J’ai toujours aimé l’altitude, voir loin, saluer l’horizon. Peut-être une relation avec l’esprit, la chapelle ouvre un espace spirituel, je ne dis pas religieux, que l’urbanité nous empêche de percevoir. La chapelle m’offre aussi une autre relation au temps, plus détendue, plus douce.
Je m’éloigne, emplie de la richesse de ce passé, de mes racines et je remercie ce lieu d’exister.

Céline CAMINADE

Au CARDONNET tu trouveras…

Si quelque jour tu fuis les rumeurs de la ville
Si tu aspires à des lieux où tu seras tranquille
Si tu veux reposer de pub et de télé
Viens faire un tour à la chapelle du Cardonnet
Ce n’est pas loin, les kilomètres ne comptent pas
On compte ici en siècles ou en milliers de pas.
Te voici au dix-septième, au temps des seigneurs
Et des rois, au temps des serfs et de durs labeurs

Oubliant la haine qui ravageait la France,
C’est en ces lieux que faisant fi des différences,
S’unirent les deux religions ennemies.
En cette belle chapelle d’Occitanie
Le catholique et le protestant chantèrent
Le même Dieu dans une commune prière.

En hommage à ceux qui au milieu de la haine
Ont répandu l’Amour et une paix sereine,
Viens donc partager notre repas médiéval.
Tu verras, ce sera tout à fait amical.

Francis KNAROV